Didacticiel : concevoir une hydrolienne de rivière de 900 mm avec Heliciel
Le propriétaire d'un ancien moulin dispose d'un bief au courant régulier et souhaite y immerger une hydrolienne pour alimenter son habitation. Ses données de site, collectées avant l'étude :
- Vitesse du courant : 2,5 m/s au centre du bief (mesurée au moulinet hydrométrique en étiage moyen) ; jusqu'à 3,5 m/s en crue ;
- Profondeur utile : 1,5 m → rotor limité à Ø 900 mm pour garder du jeu au fond et en surface, axe immergé à 0,75 m ;
- Eau douce à 12 °C ;
- 3 pales, transmission par multiplicateur vers une génératrice.
Ce didacticiel est le jumeau « eau » du didacticiel éolienne domestique : même démarche, mais un fluide 830 fois plus dense — et un phénomène nouveau à surveiller, la cavitation.
- Organisation et phases de conception :
- Partir du modèle hydrolienne et l'adapter au site
- Premier point de design… et diagnostic d'un régime inadapté
- Régime optimum et point de design retenu
- Contrôle de cavitation
- Courbe de puissance selon le courant, et cavitation en crue
- Bilan et modèle à télécharger
1 : Partir du modèle hydrolienne : le modèle « hydrolienne » livré avec Heliciel est une machine marémotrice de 16 mètres à 2 pales en eau de mer — rien à voir avec notre rivière, et c'est voulu : ce didacticiel montre justement comment ADAPTER un modèle à son projet.

Les adaptations, dans l'ordre :
- fluide : éditeur de fluides, « eau H2O » à 12 °C → masse volumique 999,43 kg/m³, pression de vapeur saturante 1 520 Pa (cette valeur servira au calcul de cavitation) ;
- diamètre : 900 mm — Heliciel remet à l'échelle toutes les cordes par homothétie (140,6 mm au pied, 28,1 mm en bout) ;
- immersion : 0,75 m → pression statique à l'axe 107 353 Pa (atmosphère + colonne d'eau), affichée avec le nombre de cavitation disponible σ = 36,8 ;
- 3 pales au lieu de 2.
2 : Premier point de design… et diagnostic : nous reconstruisons le vrillage à 2,5 m/s en gardant le régime hérité du modèle : 18,2 tr/min (celui de la machine de 16 m !). Verdict sans appel :
- Cp = 0,024 — 4 % de Betz, puissance dérisoire de 116 W ;
- vitesse spécifique λ = 0,34 : les pales sont quasi immobiles par rapport au courant, calées à plus de 80° ;
- Heliciel lève 7 avertissements.

La leçon : un régime de rotation ne se transpose jamais d'une machine à l'autre. La vitesse spécifique λ (vitesse de bout de pale / vitesse du fluide) est la grandeur qui se conserve, pas les tours/minute : notre petit rotor doit tourner beaucoup plus vite que la machine de 16 m pour travailler au même λ.
3 : Régime optimum : la recherche automatique du rendement optimum (onglet « 3 : Optimiser ») trouve 250 tr/min, Cp = 0,565 et 2 725 W… mais signale deux imprécisions « inversion de vitesse axiale aval » sur les éléments 2 et 3 : à ce chargement, la vitesse de l'eau derrière le rotor tombe quasiment à zéro — le calcul flirte avec la limite physique d'extraction, et les performances peuvent être surestimées. Plutôt que d'afficher un chiffre flatteur mais fragile, nous reculons d'un cran : 220 tr/min.
- Cp = 0,540 (91 % de Betz), aucune erreur ni avertissement ;
- puissance à l'arbre : 2 607 W — à comparer aux 514 W de l'éolienne de 3 m : 5 fois plus de puissance avec 11 fois moins de surface balayée, voilà ce que change la masse volumique de l'eau ;
- couple : 113 N·m à 220 tr/min ;
- traînée axiale : 1 866 N (190 kgf !) — le châssis et l'ancrage dans le bief doivent encaisser cet effort en permanence ;
- vitesse spécifique λ = 4,15.

4 : Contrôle de cavitation : dans l'eau, une dépression trop forte sur l'extrados fait bouillir l'eau à froid : bulles, érosion des pales, chute de portance. Heliciel calcule pour chaque élément de pale le nombre de cavitation σ et la dépression critique (105 833 Pa ici). Au point de fonctionnement nominal (2,5 m/s, 220 tr/min, axe à 0,75 m) :
- aucune cavitation détectée : σ décroît du pied (11,5) au bout de pale (1,86), qui reste au-dessus du seuil critique.
5 : Courbe de puissance selon le courant… et la crue : balayage de la vitesse d'eau de 1 à 3,5 m/s en mode « Hors design » (notre pale est figée !) à λ constant = 4,147 (le multiplicateur + MPPT maintient le rotor à son meilleur rendement) :

| Courant (m/s) | Régime (tr/min) | Cp | Couple (N·m) | Traînée (N) | P arbre (W) |
| 1 | 88 | 0,460 | 15,4 | 266 | 142 |
| 1,5 | 132 | 0,522 | 39,4 | 649 | 544 |
| 2 | 176 | 0,526 | 70,5 | 1166 | 1299 |
| 2,5 | 220 | 0,537 | 112,4 | 1857 | 2590 |
| 3 | 264 | 0,541 | 163,2 | 2695 | 4512 |
| 3,5 | 308 | 0,542 | 222,5 | 3672 | 7178 |
Et en crue ? Nous relançons l'analyse de cavitation à 3,5 m/s et 308 tr/min : cette fois Heliciel détecte la cavitation en bout de pale (élément 5, σ = 0,95 sous le seuil). La traînée d'ancrage grimpe à 3 672 N. Conclusion d'exploitation : en crue, il faudra brider le régime (on sort du λ optimum, volontairement) ou relever la machine — le tableau ci-dessus et le calcul de cavitation donnent tous les chiffres pour régler cette protection.

6 : Bilan et modèle à télécharger
- Hydrolienne 3 pales Ø 900 mm, eau douce 12 °C, axe immergé à 0,75 m ;
- point de design 2,5 m/s / 220 tr/min : Cp 0,540, 2 607 W à l'arbre, couple 113 N·m ;
- sans cavitation au point nominal ; cavitation en bout de pale dès 3,5 m/s à λ constant → bridage en crue ;
- effort d'ancrage : 1 866 N en nominal, 3 672 N en crue.
La maquette 3D de l'hydrolienne finale, rendue par Heliciel :

Le projet complet est téléchargeable ici : hydrolienne_riviere_900mm.hlc (à ouvrir avec Heliciel). Il est également intégré aux modèles livrés avec le logiciel.
Les performances calculées sont théoriques (surfaces lisses, polaires XFoil) : prévoyez les marges d'usage et des essais prudents. Attention aussi aux obligations réglementaires avant toute implantation en cours d'eau.
Je reste à votre disposition pour toutes remarques ou compléments d'information via contact@heliciel.com
- JF Iglesias développeur Heliciel.

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